Jim Profit est le père de nombreux personnages de série actuels. Don Draper et Patty Hewes sont les premiers noms qui viennent à l'esprit. Le héros de Mad Men lui ressemble, physiquement déjà et il partage avec Profit un passé trouble que, l'un comme l'autre, aimeraient oublier à tout jamais. Quant à Patty Hewes, l'avocate fourbe de Damages, elle a emprunté à Profit cette façon de manipuler les gens à sa guise pour son propre intérêt. Vous l'aurez compris, Jim Profit est un personnage complexe au coeur d'une série qui ne l'est pas moins et qui, comme les séries citées précédemment, Party Down, Friday Night Lights et Rubicon, n'aura jamais trouvé son public. Il faut croire que les meilleures séries sont finalement celles dont l'audimat était le plus faible, mais est-ce si incongru que ça? Le Mentaliste sur TF1 a réuni 10 millions de personnes hier. Les Ch'tis, film tout sauf drôle a attiré 20 millions de personnes dans les salles. Les Black Eyed Peas et Muse remplissent plusieurs fois le Stade de France dans la même semaine. La médiocrité culturelle semble être devenue légion et ce consensus est de ceux qui déplaisent fortement à Jim Profit, oh oui.
Parce que s'il y a une chose que Profit déteste, c'est que tout le monde soit sur la même ligne. Son alliée pour les coups en douce est sa gentille assistante, Gail, qui obéit au doigt et à l'oeil devant les consignes de son boss, surtout depuis que celui-ci a menacé de la balancer pour avoir piquer dans la caisse. C'est la première scène du pilote et ça donne le ton, surtout que ça se passe à l'enterrement du précédent boss de sa nouvelle société. Cette société, au fait, c'est Gracen & Gracen. Le père vient de mourir, donc, et les enfants sont chargés de prendre la relève. Dit comme ça, ça ressemble à Six Feet Under mais c'est complètement différent. Ici, les fils qui se déchirent l'héritage sont à la solde de Jim Profit qui les fait danser comme des pantins. Personnage vite adoubé par sa direction, Profit décontenance les autres, qui décident d'enquêter sur lui, l'accusant notamment d'avoir tué son père. Dans le dernier épisode, on croit comprendre que Jim Profit ne serait en réalité pas son vrai nom. Usurpation d'identité, ça ne vous rappelle personne? Cependant, malgré ses coups bas, Profit ne ferait rien qui irait à l'encontre de la société. La raison est simple : maltraité par son père pendant son enfance, il passa ses nuits dans un carton... de la société Gracen & Gracen. Pendant que les KO régnait chez lui, il s'imaginait les employés de Gracen & Gracen comme sa famille, une famille modèle qui plus est. Les nouveaux patrons, selon cette logique, sont donc ses frères.
On est loin ici de The Office, qui moque gentiment les relations de travail qu'on connaît tous. Dans Profit, on fait dans la lutte, pas la lutte des classes, celle des égos plutôt. A ce jeu, Profit a toujours trois coups d'avance et retombe ainsi toujours sur ses jambes. Quand on le croit pris à défaut, ce n'est qu'une façade, puisqu'il a généralement lui même organisé cette mascarade pour atteindre son but sans être suspecté. Du grand art. On s'habitue à ce jeu entrepreneurial quand sa belle mère (la deuxième femme de son père) débarque réclamer son dû et s'immisce dans la vie de son "fils" et accessoirement amant. Bobbi Stokowski est l'autre personnage marquant de la série, celle qui semble avoir tout appris à Jim. Comme souvent, la vie privée et la vie professionnelle se rejoignent ensuite par l'intermédiaire de cette même Bobbi, devenue décoratrice d'intérieur pour mieux approcher l'un des frères Gracen.
Pendant ce temps-là, Joanne Meltzer, la principale opposante à Profit, fait tout pour le faire tomber et découvrir la vérité. Elle se rend ainsi, dans le dernier épisode, en Irlande sur les traces du jeune Jim Profit mais, malheureusement, ses recherches et réponses éventuelles furent abandonnées et la série avec.
J'ai déjà dit à quel point abandonner cette série fut une erreur même si, comme pour les rockeurs, il vaut mieux parfois mourir jeune pour laisser une beau cadavre. Ici, on a tout de même l'impression que le cadavre fut un peu trop jeune, comme si Amy Winehouse était partie avant l'enregistrement de "Back To Black". Profit est, au final, une promesse évanouie. "Les Sopranos" est souvent cité comme LA série qui a lancé l'âge d'or des séries télé. Oublier Profit serait néanmoins comme ne jamais citer Buddy Holly en tant qu'influence majeure des rockers sixties, seulement Elvis.
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